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2023-05-18 | Readers 524 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Bernadette Soubirous (2) (1844-1879)


Bernadette Soubirous(2)

(1844-1879)

Que penser du "miracle" de Lourdes ?

Tout le monde a entendu parler de Lourdes et des miracles qu’on dit avoir lieu en cet endroit du sud de la France. Mais connait-on l’histoire de Bernadette Soubirous à l’origine de la « sacralisation » de ce lieu ? Comment comprendre ce phénomène ? Après une brève présentation de sa vie avec ci-dessous la fin(1), voici quelques éléments de réflexion.

Après la période des apparitions jusqu’à la mort de Bernadette Soubirous (1858-1879)

Pendant les huit années qui suivirent les apparitions, Bernadette fut pensionnaire (sans être religieuse) chez les Sœurs de la Charité et de l'Instruction chrétienne de Nevers, à Lourdes, à l’abri de l’assaut des visiteurs (que provoqua la diffusion de la nouvelle de ces Apparitions ainsi que de celle de supposées guérisons liées à cet endroit ou à l’eau de la source) et de celui de photographes se disputant le privilège de prendre des photos d’elle pour les revendre par la suite. Ce n’est qu’alors qu’elle apprit à lire et à écrire.

En 1866, Elle entra au noviciat dans la maison-mère à Nevers. Elle y resta près de treize ans, passant la plupart de son temps dans l’infirmerie, en tant qu’infirmière ou en tant que malade. Malgré cette popularité soudaine, elle resta humble, pieuse, croyante, ne se vantant nullement de ses visions.

En 1878, elle fit ses vœux perpétuels pour devenir une religieuse mais mourut l’année suivante d’une pneumonie, le 16 avril 1879, à l’âge de 35 ans. 

Le contexte de ces apparitions au cours du milieu du dix-neuvième siècle

Ainsi, entre le 11 février et le 16 juillet 1858, Sayyida Mariam(p) (s’il s’agit bien d’elle) se serait manifestée 18 fois à une jeune adolescente du sud de la France, âgée alors de 14 ans.

Cette adolescente avait-elle des qualités particulières pour qu’elle(p) se soit manifestée à elle ? Pourquoi en cet endroit ? Le contexte social, idéologique justifiait-il une telle apparition ? Quel en serait l’objectif ?

—Ce que l’on connait de Bernadette Soubirous est qu’elle était une adolescente à la foi simple mais sincère, profonde, avec une force intérieure, une droiture et un attachement à la vérité. « Une force tranquille, simple, sûre, sincère, modeste, avec une certaine candeur. » On pourrait dire en d’autres termes que sa fitra (la nature profonde de l’être humain) était encore saine, préservée.

De plus, il semblerait qu’elle ignorait à peu près tout des enseignements de l’Eglise catholique (le catéchisme). Bien que pieuse, nul ne se souvient l’avoir vue faire preuve d’un zèle spécial pour la prière.

—Ces apparitions ont eu lieu à l’aube d’un profond mouvement de sécularisation(2) apparu dans la société française à la faveur de la révolution de 1789. A Lourdes, il y avait d’un côté les catholiques, pieux et fervents, qui tenaient à leur religion et à leur foi en Dieu et de l’autre, les partisans de la république (face à la monarchie), laïcs (pour la séparation de l’Eglise et de l’Etat), positivistes(3), libres penseurs pouvant aller jusqu’à l’athéisme.

Sayyida Mariam(p) se serait-elle manifestée à cette adolescente pour rappeler aux gens la foi en Dieu et qu’il n’y a de force et de pouvoir qu’en Dieu, le Tout-Puissant et le Tout-Miséricordieux ?

 

Les réactions de l’époque (au cours de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle)

Les réactions furent différentes, selon les autorités présentes, les courants de pensée, et l’état des gens. Nous n’en citerons que trois : celles de l’Eglise catholique, de l’autorité locale et d’Emile Zola.

 

—Celle de l’Eglise catholique et de ses représentants : tout en n’étant pas mécontents du retour de leurs ouailles, ils restèrent prudents. Dès juillet 1858, l'évêque de Tarbes établit une commission d'enquête pour statuer sur les apparitions dont Bernadette Soubirous disait avoir été témoin. En 1862, cette commission rendit son verdict et reconnut dix-huit apparitions de la Vierge à Bernadette entre le 11/2 et 16/7/1858, dans la grotte de Massabielle.

Le 14/6/1925, elle fut béatifiée(6) puis, le 8/12/1933,  canonisée(7) par le pape Pie XI.

 

—Celle des autorités locales : la presse et la société bourgeoise ironisèrent sur cette crédulité populaire autour d’une « hallucinée » et les autorités interdirent l’accès à la grotte, la barricadant d’une palissade.

 

—Celle d’Emile Zola : la presse locale et nationale s’empara rapidement de cette affaire. Emile Zola, journaliste et grand écrivain français de cette époque (1840-1902) parla de cette affaire et en écrivit même un roman intitulé Lourdes, en août 1894, après avoir été à Lourdes en 1891 puis en 1892. Bien que ne l’ayant jamais rencontrée, il décrit Bernadette comme une « simple d’esprit », « apprenant difficilement quoiqu’ayant de l’esprit naturel », « chétive et pauvre », cependant « pas une imposteuse mais une hallucinée chez qui la vision avait été suggérée » par l’abbé local. Se présentant lui-même comme non-croyant, Emile Zola ne croit ni aux apparitions ni aux miracles, mais en la raison et en la science qui mènent à la vérité. Aussi, ces guérisons dites miraculeuses ne seraient pour lui qu’une illusion. Cependant il croit au besoin de l’être humain de ‘miracles’ d’où ces pèlerinages à Lourdes et ses soi-disant guérisons. L’homme, face à la pauvreté, à la souffrance et à l’ignorance, a besoin d’espérer et de croire à une force supérieure... Aussi, considère-t-il Lourdes comme un théâtre où se joue un grand drame idéologique moderne, la lutte de l'esprit de croyance et de l'esprit de raison. Inutile de dire que son livre Lourdes fut, dès sa parution, mis à l’index (c’est-à-dire condamné, considéré comme impie) par le pape Léon XII en 1894.

Les interprétations possibles de telles apparitions

Est-il possible que sayyida Mariam(p) se soit manifestée à une adolescente dans de telles circonstances ?

—Apparemment pourquoi pas, surtout quand on voit le contexte [le développement du matérialisme et de la laïcité, du rejet de la religion et par suite de la croyance en Dieu] d’une part et d’autre part la personnalité que semblait avoir la jeune adolescente (une fitra saine, croyante et confiante en Dieu, pas encore profondément déformée par les enseignements de l’Eglise catholique). (Le fait même qu’elle n’arrivait pas à retenir le peu qu’on lui enseignait peut aller dans ce sens.)

De même, on peut noter que sayyida Mariam(p) se présenta comme « l’Immaculée Conception ».

—Cependant, subsistent des problèmes tel le fait que la Dame qui apparait, fait elle-même le signe de la croix(5) et qu’elle demande à Bernadette de réciter le rosaire(4) où il est mentionné qu’elle est la « mère de Dieu » (que Dieu nous en préserve) [en tant que mère de Jésus]. Certes que la jeune adolescente récite le rosaire(4) peut choquer mais c’était la coutume d’alors et peut-être même qu’elle ne comprenait pas complètement le sens des mots ni les conséquences du point de vue du dogme (l’Unicité divine) et de la connaissance de Dieu (qu’Il soit Glorifié).

Mais que la Dame le lui demande sans aucune rectification pose problème. Dans quels objectifs ? Pour se faire accepter auprès de la jeune adolescente puis des gens de l’Eglise ?

 

Comment peut-on comprendre de tels phénomènes ?

Y a-t-il une position de l’Islam face à de tels phénomènes ?

En général, nos grands savants de l’Islam restent prudents face à de tels phénomènes. Et selon leurs connaissances sur les états de l’âme humaine et les comportements du shaytân, ils considèrent en général que l’ensemble des états étranges des rêves, des visions et des révélations ne sont pas toutes justes, ne sont pas toutes véridiques.

En effet, l’âme [peut] créer, par son imagination, des images presque sur le point d’être réelles pour elle tant elle y est accrochée et qu’elle en est convaincue.

De même, le shaytân [peut] également lui faire imaginer cela pour la [l’âme] tromper et l’égarer. Et il agit ainsi beaucoup avec le genre humain en lui embellissant toute chose vaine.

C’est pourquoi, il faut :

1-regarder les résultats de ces états, visions et rêves et connaître ce à quoi ils appellent, ce qu’ils veulent de nous ;

2-ensuite, les confronter à la raison, à la Loi (shara‘) lumineuse et au Livre glorieux de Dieu. S’ils sont en contradiction avec, alors nous les rejetons, nous les refusons et nous demandons la Protection de Dieu contre de telles insinuations. S’ils appellent au bien et à la réforme, sans être en contradiction avec le noble Coran, nous les prenons en considération – en restant cependant sur nos gardes, parce que le shaytân peut nous appeler à cent biens pour nous faire tomber dans un seul mal, et ce mal serait, à la fin, la cause de notre chute.

(1)Cf. L.S. No121 – Un résumé de son histoire par Mgr Perrier, évêque du diocèse de Lourdes et Tarbes.

(2)Passage de certaines valeurs du domaine du sacré, du religieux ou de l’Eglise dans le domaine du profane, du laïc ou de l’Etat.

(3)Le positivisme est un courant philosophique fondé au xixe siècle par Auguste Comte (1798-1857), qui soumet de manière rigoureuse les connaissances acquises à l'épreuve des faits, à l’expérience scientifique.

(4)C-à-d. réciter le rosaire (l’Ave Maria ou la prière) : « Je vous salue Marie, pleine de grâce ; Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Sainte Marie, Mère de Dieu [de Jésus, le Prophète ‘Issâ(p)], priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Amen ».

(5)Ce qui signifie croire en la mort du Prophète ‘Issa(p) crucifié sur la croix, et en les paroles récitées lors du signe de croix : « Au nom du Père, du Fils  et du Saint Esprit » (où ont été dénaturés les concepts de l’Unicité de Dieu, « Par le Nomde Dieu », « le Prophète ‘Issa(p) »).

(6)La béatification est la déclaration, par décret pontifical, qu'une personne de foi chrétienne a pratiqué les vertus naturelles et chrétiennes de façon exemplaire, ou même héroïque.

(7)La canonisation est une déclaration officielle et définitive de l'Église catholique, reconnaissant une personne défunte comme sainte. Pour cela il faut qu’au moins deux miracles lui soient reconnus. L'Église affirme avec certitude que la personne est au Paradis, intercédant auprès de Dieu pour les hommes, du fait de la reconnaissance de miracles. D’autre part, par cet acte, le saint est proposé comme modèle de vie chrétienne aux fidèles, recevant une place dans le calendrier liturgique de l’Eglise, jour durant lequel il est commémoré et invoqué liturgiquement.

www.lumieres-spirituelles.net     No122  - Dhû al-Qa‘deh-Dhû al-Hijjah 1444 – Mai-Juin-Juillet 2023


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