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2020-02-21 | Readers 336 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Entretien avec Yehia/Christian Bonaud (2)


Entretien avec Yehia/Christian Bonaud (2)

Tous les Musulmans francophones connaissaient Yehia/Christian Bonaud, professeur agrégé d’arabe et docteur en islamologie pour ses excellentes traductions de la pensée gnostique de l’imam al-Khomeynî(qs) et ses brillantes interventions sur l’Islam authentique. Il avait eu la gentillesse de nous donner son avis sur quatre points particuliers lors de son passage au Liban, février 2019.* Voici le deuxième point.

2-A une époque de bouleversements rapides, comment pouvoir contribuer à la préparation du terrain favorable à la sortie de l’Imam al-Mahdî(qa) ?

R-C’est une question très vaste. Mais il y a quelque chose de fondamental qui est qu’il faut travailler sur soi-même [c’est-à-dire mener la lutte de/contre son âme]. C’est le point le plus important.

Ce n’est pas en parlant, en s’agitant que l’on va faire quelque chose.

C’est un point qui n’est pas seulement fondamental dans le Coran mais c’est un enseignement commun à toutes les religions. {Dieu ne change pas l'état d'un peuple, tant qu’ils [les gens] ne changent pas ce qui est en eux-mêmes.}(1) Cela est fondamental.

On ne peut pas changer le monde si on ne se change pas soi-même. Des voyous qui veulent changer le monde, ce n’est pas possible. Donc avant tout se préparer soi-même. Et cela veut dire beaucoup de choses.

—Bien sûr, développer son attachement à l’Imam al-Mahdî(qa).

Ce qui veut dire en premier le connaître. On ne peut pas s’attacher à quelque chose que l’on ne connait pas. Avoir des connaissances, pas seulement sur lui, mais aussi sur ses prédécesseurs (les Infaillibles(p), du Prophète(s) à lui(qa)). Arriver à faire en sorte que cela ne soit pas que des noms pour nous mais des personnes vivantes, des modèles. Pourquoi est-on plus touché par l’Imam al-Hussein(p) ou l’Imam ‘Alî(p), voire Abû Fadl al-‘Abbas ? C’est parce qu’on a plus entendu parler d’eux(p) que de l’Imam al-Hâdî(p) ou de l’Imam al-‘Askarî(p), de leurs actions. Ils sont devenus vivants pour nous alors que les autres sont moins connus, moins personnifiés. Ils restent des noms.

Développer cette relation personnelle est un aspect de la connaissance. Et ce qui peut aider, c’est la ziyârat, la ziyârat à chacun des Imams, les ziyârats que l’on a à l’Imam al-Mahdî(qa), pas forcément dans leur sanctuaire. On peut la faire chez soi. On peut aussi la faire dans les « maqams » qui ne sont pas ceux des Imams eux-mêmes, des « maqams » qui ne sont pas aussi importants, dont même on n’est pas sûr qu’un descendant d’un Imam y est enterré. Ces endroits sont tout de même des endroits qui ont gardé la religion pendant des siècles. La noblesse d’un lieu ne vient pas de lui-même mais de la personne qui y serait enterrée et aussi des personnes qui viennent après. Si l’on ne peut pas se brancher directement sur la centrale qui produit l’énergie, on la prend par n’importe quelle petite prise que l’on peut trouver. Mais il faut se brancher.

—Un autre point important dans le fait de travailler sur soi-même, est celui de la justice.

Il y a deux choses que l’on appelle le « Droit de Dieu » et le « droit des gens ».

Les « Droits de Dieu »sont en vérité les torts que l’on se fait à soi-même, parce qu’il n’y a pas de tort à Dieu. Dieu Lui-même dit : {Ce n’est pas à Nous qu’ils firent du tort mais à eux-mêmes}(2). Mais pour les Droits de Dieu, on peut espérer Sa Miséricorde, pas seulement espérer, mais on est quasiment sûr de Sa Miséricorde.

Mais pour les droits des gens, on est obligé de craindre Sa Justice. On ne peut pas faire autrement. S’Il fait Miséricorde de Lui-même pour ces droits, cela serait une injustice. Et Lui ne peut pas être Injuste. Souvent on me demande si quelqu’un comme Saddam Hussein qui a tué des milliers, des milliers de gens, s’il se repent, est-ce que son repentir sera accepté ? Oui son repentir sera accepté s’il est sincère.

Mais il doit réparer les injustices qu’il a faites, réparer ce qui n’est pas réparable d’ailleurs. Il doit le faire sauf si quelqu’un, individuellement, lui dit que lui, il lui pardonne le mal qu’il lui a fait. Cela fait partie des droits des gens. C’est dans ce domaine que l’on doit craindre la Justice divine et ne pas espérer Sa Miséricorde.

Travailler sur soi-même, c’est effectivement devenir un être humain exemplaire. Et l’exemple que l’on a d’être humain exemplaire précisément, ce sont les Imams(p) après le Prophète(s). On voit par exemple qu’il aurait été facile pour l’Imam ‘Alî d’accéder au califat s’il avait accepté de faire un petit mensonge lorsqu’on lui avait demandé, lors de la shûrâ après la mort du 2e calife ‘Omar, de s’engager à appliquer la sunna de l’Envoyé de Dieu et celle des deux sheikhs (c’est-à-dire des deux premiers califes). Il(p) a répondu : « La sunna de l’Envoyé de Dieu, oui, bien sûr ! mais celle des deux sheikhs non ! » S’il avait dit oui il aurait été accepté. Mais il ne pouvait pas. De même, quand on lui a demandé de garder Mû‘âwiyyah, le temps que son califat soit bien établi puis de s’en débarrasser après. Mais il(p) répondit : « Si j’accepte l’injustice un seul jour, sous ma responsabilité, à l’ombre de mon étendard, c’est en mon nom qu’elle sera faite. Je ne peux pas. »

Bien sûr, il ne faut pas tomber dans l’exagération inverse. C’est peut-être là une spécificité de l’enseignement des Gens de la Demeure Prophétique [des Imams d’Ahl al-Beit]. On ne perd pas de vue l’idéal vers lequel on tend et, en même temps, on agit avec réalisme. C’est-à-dire, pour arriver à cet idéal, il faut parfois passer par des étapes qui ne sont pas l’idéal. C’est aussi nécessaire. Ceux-là qui n’ont pas accepté de faire la moindre compromission (comme lorsque je parlais à propos de l’Imam ‘Alî(p)), ceux-là mêmes ont fait la du‘â d’Ahl ath-Thughûr(3). L’Imam Zein al-‘Abidine(p), fils de l’Imam al-Hussein(p) faisait des du‘as pour tous ceux qui protégeaient les territoires de l’Islam, c’est-à-dire pour les soldats qui étaient aux frontières de cette époque et qui donc étaient de l’armée omeyyade. Parce que, si l’on veut réformer, faire une amélioration d’une société, il faut d’abord qu’elle existe.

Bien sûr, nous ne sommes pas infaillibles comme le Prophète(s) et les Imams(p) mais chacun doit agir en fonction de ce dont il est conscient et de ce qu’il peut connaître. Il sera responsable en fonction de cela. On peut, au moins, penser que ce n’est pas parce que tel pays musulman ou telle société musulmane a tel défaut qu’il (ou elle) doit aller au diable. Non ! On doit demander que cette société soit préservée pour être améliorée et pas, en quelque sorte, travailler avec ses ennemis, c’est-à-dire ceux qui veulent faire totalement disparaître ce pays ou cette société.

Oui ! Il est clair qu’il y a des responsables à un très haut niveau qui sont dévoués à cette cause (d’œuvrer à la venue de l’Imam al-Mahdî(qa)). C’est pourquoi j’ai parlé de la prière que faisait l’Imam(p) pour ces soldats qui étaient dans l’armée omeyyade (la coquille de l’œuf) mais qui préservaient l’existence de cette société.

De la même manière ce qui a été réalisé jusqu’à présent, comme la République Islamique d’Iran et comme ceux qui lui sont liés en dehors d’elle, qui ont toujours eu, par opposition à d’autres mouvements qui se revendiquent de l’Islam ailleurs, le souci de dire, d’affirmer (et d’appliquer) que leurs armes n’étaient pas dirigées contre la société, contre les gens, même s’ils ne sont pas d’accord avec ce qu’ils font, mais contre l’ennemi (comme l’étranger qui veut occuper le pays ou le piller). Il s’agit de préserver la société. Même si c’est une société multiconfessionnelle ou multiculturelle, comme c’est le cas au Liban par exemple. Il ne s’agit pas de dire : « Tout le monde doit vivre comme moi je le dis, comme je le veux, sinon on va vous faire des attentats. » C’est vraiment quelque chose qui n’est pas concevable. Par contre, le fait de dire que voilà, on veut la protection de cette société, ou on soutient ces gens-là même si on voit bien qu’en tel endroit, il y a quelque chose qui cloche, des choses qui ne vont pas, voilà ce qui est demandé. Car comment pouvoir améliorer une société si elle n’existe plus, si elle a été prise par les ennemis ? C’est un point assez fondamental.

*Le 1er point a été publié dans la revue L.S. No100. Voici la suite.

Sa thèse de doctorat a été publiée sous le titre : L’Imam Khomeyni, un gnostique méconnu du XXe siècle, Ed. AlBouraq 1997 (cf L.S. No63) ; son mémoire sous le titre : Le soufisme : Al-tasawwuf et la spiritualité islamique (Collection Islam-Occident), 1991. Ses traductions commentées :  Le Testament politico-spirituel de l’Imam Khomeyni, Ed. AlBouraq 2001 (cf L.S. No26) ; Le Coran Voilà le Livre (Tome 1 – sourates 1 & 2) – Qom ; et ses autres traductions : Doctrine de la Révolution islamique, extraits de la pensée et des idées de l’Imam Khomeyni, Fondation des Œuvres de l’Imam Khomeyni (cf L.S. No33) et Le grand djihad ou luttes contre soi-même, Fondation des Œuvres de l’Imam Khomeyni.

(1)v.11 de la sourate ar-Ra‘d (13)  اللّهِ إِنَّ اللّهَ لاَ يُغَيِّرُ مَا بِقَوْمٍ حَتَّى يُغَيِّرُواْ مَا بِأَنْفُسِهِمْ

(2)v.57 de la sourate al-Baqara (2)  وَمَا ظَلَمُونَا وَلَـكِن كَانُواْ أَنفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ

(3)la 27e invocation dans as-Sahîfah as-Sajjâdiyyah de l’Imam as-Sajjâd(p) « Pour les gens des frontières », pp160-171

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