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2019-03-03 | Readers 246 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Les chamanes des Tsaatans


Les chamanes des Tsaatans

Depuis la chute de l’Union soviétique en 1992, les centres chamaniques ont poussé dans la capitale de la Mongolie. En fait, le chamanisme subsistait en cachette dans des lieux isolés avant de refleurir, notamment au nord de la Mongolie, à la frontière russo-chinoise, chez les éleveurs de rennes, les Tsaatans.

Les Tsaatans (ou Doukha) sont un peuple d'éleveurs de rennes regroupant environ quatre-vingts familles vivant dans les forêts proches du lac Khöysgöl, au Nord de la Mongolie jusqu'en Russie. Une moitié d’entre eux a choisi de rester sédentarisée, alors que l’autre moitié a repris leur mode de vie nomade dès le début des années 1990.

Vivant sous des tentes de toile semblables aux tipis des indiens d’Amérique, ils nomadisent au rythme des saisons dans la Taïga (d’où leur autre appellation « les gens de la Taïga »). La Taïga est une zone de transition avant la toundra arctique. Buissons, conifères bas et bouleaux composent sa végétation. Formant une sorte de barrière naturelle protégeant les camps des Tsaatans, la taïga sauvage et inhabitée est aussi un lieu de marécages visités par les mouches et les moustiques en été.

"Tsaa" signifie "renne" en idiome tsaatan. Les Tsaatans sont « ceux qui vivent avec les rennes ». Ils se déplacent à dos de renne, boivent leur lait, mangent leur viande, s’habillent de leur fourrure et vendent leurs bois qu‘ils sculptent aussi avec art. Les rennes représentent tout pour eux et leur assurent une totale autarcie.

Mais plus qu’un mode de vie, les nomades Tsaatans défendent les croyances et les rituels de leurs ancêtres. En effet, descendant d’un groupe sub-ethnique des peuples turcs, les Touvains d’Altaï, ils ont migré à l’époque de l’ancienne Union Soviétique vers la Mongolie. Malgré la tentative des autorités mongoliennes de les sédentariser dans le village de Tsagaan Nuur sur la rivière Shishigt, de nombreux Tsaatans quittèrent rapidement leur appartement pour repartir dans la taïga, au début des années 90.

Tout en ne se revendiquant d’aucun fondateur ni d’aucune doctrine particulière, cette communauté de nomades croit en une force vitale qui anime les êtes vivants mais également les objets et les éléments naturels comme le vent, la terre ou la pluie. Ils vouent un culte à ces « esprits »(1) de la Taïga (appelés "ongons") avec lesquels ils vivent en totale communion. C’est en eux que les derniers Tsaatans puisent leur force et leur fierté.

Leurs groupes comptent quelques chamanes. Par exemple, ce chamane de 39 ans du peuple Tsaatan.Khalzan(2). Son rôle comme chamane, il le définit ainsi : se protéger, guérir, favoriser le succès de la chasse, faire prospérer sa famille, etc. et cela par un contact direct avec le monde spirituel, moyennant des dons du chamane. Il se présente comme un intermédiaire entre le monde des humains et celui des « esprits », de la nature et aussi des ancêtres et des morts, qui se manifestent à lui en oiseaux, en chèvres ou en ours.

Lors des cérémonies, tout le clan est là, assis en tailleur autour de lui. Sur une petite table basse : du raisin, du thé, des cigarettes et de la vodka et.. des écharpes bleues en guise d’offrande aux esprits. Le chamane brûle des morceaux de genévrier, goûte chacune des offrandes pour établir le lien avec les esprits. Son costume de chamane est recouvert d’une centaine de cordelettes de différentes couleurs censées représentées la cosmogonie chamanique : le soleil, les saisons, les arbres, les rivières. Au pied des chaussons en peau de chèvre et sur la tête un chapeau vert .

Dans une odeur de genévrier, au bruit du tambour et des mélodies récitées d’une voix rauque, le chamane se met à bondir, grogner, gronder, hurler jusqu’à perdre connaissance et tomber violemment en arrière, s’il n’est pas retenu par un « aide » appelé « tushee » qui le protège de gestes trop brusques. Une cigarette et une coupelle de vodka l’aident à reprendre conscience. Entre temps, il aura plongé dans la profondeur des personnes présentes, décelant leur mal ou maladie et dépassé, selon ses dires, les apparences de ce monde pour aller à l’essentiel.

Cette forme de « spiritualité » de rester proches des éléments naturels, de vivre en interdépendance avec les « esprits » qui les animent et de refuser tout mode de vie occidentale, est-elle un moyen pour eux de résister à l’arrivée destructrice des Chinois, Russes, Européens, avides des richesses prodigieuses de son sous-sol (en cuivre, charbon, or, uranium), entraînant déforestation, pollution de l’eau et changements climatiques, et à celle du tourisme de masse qui balaie ce qui reste de leur culture traditionnelle au profit d’un folklore exotique ? Chercheraient-ils ainsi à sauvegarder leur identité humaine ?

(1)Terme ambigu qui désigne ce qui est derrière le monde matériel. La plupart du temps, il se limite aux Djinns, alors qu’il pourrait désigner les différents degrés de la Manifestation divine.

(2)cf. le témoignage d’une exploratrice Jennifer Schwarz publié dans la revue du Monde des Religions No44-Nov.Dec.2010

www.lumieres-spirituelles.net N°96 - Rajab - Sha'bân 1440 - Mars-Avril 2019


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